Les noms de la Boha

Le candide qui découvre la boha est surpris de l'imprécision des termes qui la décrivent et par les incessantes discussions sur ce sujet. Cet article est destiné à exposer la problématique, et les propositions qui y répondent.

3 termes d'usage actuel (2016),
sujets à "discussions" :

• Boha : cornemuse ancienne (ou récente s'inspirant des cornemuses) autrefois jouées sur le territoire des landes de Gascogne, à anches simples, à double perce accolées dans un même morceau de bois.

Pihet : Désigne l'ensemble comprenant les deux perces.

Brunidèir 1 : Désigne la rallonge amovible de la perce d'accompagnement.2

Ces noms actuellement en usage, sont-ils appropriés ?

Sources des approximations :

Ces mots gascons viennent du collectage, aussi aimerions-nous les utiliser, mais cela suscite plusieurs problèmes.

Ambiguïté :

Le "pihet" ressemble phonétiquement au "pied" des chabrettes limousines. Même partie de cornemuse, mais deux étymologies radicalement différentes.

1 - La graphie choisie dans ce site vient de la Méthode de boha BdG : "Il a été choisi de restituer la forme ”brunidèir” (brunidey) qui correspond au gascon parlé au nord et à l’est de la Gascogne, donc dans la zone de prédilection de la boha. - David Escarpit

2 - Cette rallonge a posé un problème de nom à Marcel Gastellu et Charles Alexandre, qui les nommèrent "les petites jambes", souscrivant à la description anthropomorphique des cornemuses.

Des noms relatifs :

Un même objet n'a pas le même nom selon sa fonction par rapport à celui qui le désigne. Pour le musicien, l'objet peut être appelé "outil", pour le danseur, il sera "musique", pour l'importun, il sera "vacarme".

Variantes des parlers :

Selon le lieux de collecte, un même objet porte des noms différents. Le balai se prononce "l'escoube" ou "la barrège" à quelques acres de distance.

Limites du collectage :

L’ethnomusicologie est une science perfectible. Le chercheur demande à une personne de nommer un objet qu'il n'a pas forcément utilisé lui-même, en le replaçant dans un contexte. Le collecteur va comprendre, ou choisir, voire diriger involontairement l'intitulé du mot, et ce qu'il désigne. Il va réaliser ensuite une transmission de ces connaissances orales, par des schémas et des écrits, qui seront eux-mêmes interprétés par des lecteurs. Les chances de réussir une parfaite transmission sont minces.



Les noms "manquants"

La transmission de l’apprentissage met en évidence la nécessité de différencier les parties de l'instrument. On s'aperçoit que la pièce principale de la cornemuse est séparée en deux parties - à cause de leurs fonctions propres - et que ces deux parties n'ont pas de nom. Comment expliquer la fonction sans désigner les parties ? Soit l’apprentissage s'affranchissait de tels mots : un apprentissage d'oreille et par imitation, sans explication formulée, comme il se pratique aujourd'hui dans d'autres cultures. Soit le collectage n'a pas été exact, ni complet.
Dans tous les cas, on se trouve devant le problème de désigner clairement telle ou telle perce de telle partie de l'instrument.

Les deux "tuyaux"

TM et TSM : Lors de la rédaction de la méthode, le collège des rédacteurs a choisi de se référer à l'expertise de Marie-Barbara Le Gonidec, conservateur au MuCEM.

 

L'ethnomusicologue a proposé : "tuyau mélodique", et  "tuyau semi-mélodique". Les deux acronymes TM et TSM éclaircissent les 137 pages de la méthode, mais ne sont pas franchement utilisés entre bohaires.

Lo contra : Yan Cozian a constaté exactement le même manque, très clairement expliqué en page 5 de sa Méthode de boha. La perce mélodique est désignée par "la mélodie", l'autre perce est appelée "lo contra", en référence à une appellation de l'accompagnement en musique ancienne.

Lo pihet e lo brunidèir : La signification étymologique gasconne de ces deux termes, analysés par David Escarpit (méthode BdG p 137), en font des candidats parfaits pour désigner les deux fonctions audibles, de l'instrument
lo pihet : un son haut perché, qui "criaille",
lo brunidèir : un son qui vrombit ou bourdonne. L'évidence à beau être, il semble dans l'immédiat impossible de changer l'usage de ces deux termes.



La partie incluant les deux perces

Elle est appelée "pihet" 2 , mais on a vu que cela désigne davantage la fonction mélodique et rythmique aiguë de la boha. De plus, on aurait tendance à croire un glissement de l’appellation "pied" que les chabrettes3 ont sans doute offerte aux autres cornemuses de France. Et dans tous les cas, à cause de toutes ces discussions, le "pihet" installe un flou dans la conversation.

Peu d'alternatives sont pratiquées. Il est parfois question de "hautbois", "d'ensemble sonore", lorsqu'il s'agit de distinguer spécifiquement cette partie.

Par chance, l’apprenti et l'enseignant ont moins besoin de désigner ce "Pihet" que de distinguer les deux perces qui le composent, les deux sons qu'il doit produire.

2 Voir aussi le lien possible avec PifreLo blòg deu Joan : Lo metòde nau de boha qu'ei arribat!

3 L'organologie anthropomorphique ("tête" = boitier, "pied" = hautbois, "langues" = anches), communes chez beaucoup de cornemuses est typique pour décrire les chabrettes. Voir Eric Montbel

Le nom de la "boha"

"Boha" a été choisi parmi les diverses dénominations traditionnelles, car ce mot était à la racine de la plupart d'entre elles.

lorsqu'il devient nécessaire de distinguer les différents modèles, on invente un nom (bohassa, boha-lboca, replica, revivaliste), ou on choisit, comme dans le présent site, une convention préalablement déterminée : bohaussac pour les instruments anciens.

La géographie de la Boha

De nombreux articles évoquent le soucis de la dénomination géographique de la boha.

Les deux usages majoritaires sont :

• Cornemuse des landes de Gascogne (ou cornemuse gasconne ou cornemuse de Gascogne)

Cornemuse landaise (ou cornemuse des Landes)

Le territoire où a été collecté la boha correspond à une unité de paysage et de culture, mais pas à la délimitation administrative de l'actuel département des Landes. Ces deux dénominations géographiques divisent les bohaires entre les partisans d'un rapprochement vers les instances décisives locales du département des Landes, territoire qui rassemble effectivement des énergies, une culture etc. en une "identité" dont la boha fait partie, et les partisans d'un nom représentatif du renouveau et de la pratique actuelle, associant en particulier les lieux d'enseignement de Toulouse, Auch, Pau, Bordeaux, Agen…

 

Frédéric Vigouroux

Bibliographie :

- Méthode de boha - Bohaires de Gaconha

- Méthode et partitions pour boha, cornemuse landaise - Yan Cozian

- Boha! 27, 28, 29 : Gastellu / Alexandre recherches inédites

- Boha!35 p10 : Sacrés noms de bohas! Jacques Baudoin

- Boha!33 : Comment tu t’appelles ? Jean-Pascal Leriche

- Actes du colloque d'Arthous 2006 : BOHA, O HER PETA LA H D’UN INSTRUMENT GASCON ! Jean-Michel Espinasse


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